Category: French


TFA – Tisseur

Voilà mon travail de fin d’année enfin sur le net ! Je rajouterai plus d’images du livre et de son boitier bientôt mais là je ne peux pas résister à l’envie de mettre le PDF à disposition. Cliquez sur l’image ci-dessus pour le découvrir, il est interactif dans le sens où les liens de la première page sont actifs et les titres de la table des matières vous renvoient directement aux pages concernées, il y a également des marque-pages intégrés pour vous faciliter la navigation. Je recommande l’affichage de deux pages en continu pour une meilleure lecture, le livre ayant été prévu pour ce type de mise en page.

Pour ce qui est du contenu… il y a beaucoup d’improvisation et après, un petit retour sur tout cela avec un petit making of où je détaille un peu plus ma façon de travailler en termes de conception. Voici la préface pour mieux vous aiguiller :

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Préface
(en quelque sorte)

Dans cet ouvrage je vais faire quelque chose dont j’ai envie, quelque chose qui peut sembler présomptueux mais qui n’en a pourtant pas l’arrogance. Ma démarche est un cri de joie et non un sourire suffisant.
On pense souvent connaître les autres mais nous avons notre vision, nous voyons souvent ce que nous acceptons de voir chez les autres, certaines de leurs forces, certaines de leurs faiblesses… souvent celles qui nous rassurent. Les doigts d’une main sont souvent trop nombreux pour compter les personnes qui nous connaissent vraiment, et de même nous passons souvent à côté de personnes avec qui nous aurions pu partager beaucoup de choses. J’espère pouvoir partager beaucoup de choses avec beaucoup de monde et c’est pourquoi, à travers ce livre, j’ai décidé de parler de moi. De parler de moi par ce que je sais faire.

Voici donc un ouvrage à propos d’un gosse de 23 ans trop sensible avec un esprit qui pense trop vite et une mémoire aussi longue que sélective. Si je suis resté si gamin c’est que je ne me suis pas sentit être un enfant très longtemps, c’est que j’ai vu des choses, que j’en ai compris d’autres, j’ai espéré en entendre certaines… mais je suis resté dans l’incertitude.
J’ai été élevé par un père qui m’a toujours semblé mal à l’aise dans toutes ses interactions sociales, et par une mère qui portait aux nues toutes les personnes ne faisant pas partie de sa cellule familiale. Comme tous les enfants j’ai essayé de plaire à mes parents, j’ai appris à décoder les félicitations dans cette façon d’être mal à l’aise un peu différente que mon père avait en recopiant certains de mes textes pour les mettre en forme et les imprimer, dans les grimaces de ma mère quand elle regardait mes dessins et mes écrits et sa façon de pointer la moindre de mes erreurs. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a.
Nous sommes ce potentiel de départ avec lequel nous naissons et nous sommes tous ces gens que nous côtoyons tout au long de notre vie, qui nous influencent, nous conditionnent, qui parfois nous brisent ou nous aident à nous reconstruire.
Parler de tous ces gens qui ont fait de moi ce que je suis me prendrait trop de temps alors je dois me contenter de les remercier – certains plus ou moins que d’autres; et de songer à ce que j’ai appris.

Je suis un esprit créatif, on m’a toujours dit que j’avais une incroyable imagination. Pourtant j’ai toujours été cruellement rationnel… Chacun a sa vision de sa propre créativité, pour moi il s’agit plus d’ingéniosité. Je regarde ce que je vois et je me demande ce que je peux en faire, je suis un ingénieur. J’observe et je rassemble les idées, j’établis des connections, je suis un tisseur. À présent je vais parler un peu de ce que je vois et de comment j’en fais quelque chose. Je vais vous montrer des textes et des images, des embryons de concept, des poèmes, des réflexions. Si cela vous intéresse, sans doute en connaîtrez-vous davantage sur moi et j’en serai honoré.

Ci-après vous trouverez un peu de tout, des bouts de choses variées, surtout de l’improvisation ordonnée encore très brute… Et plus loin quelque mots sur la façon dont je travaille, les différentes techniques que j’emploie régulièrement. Le ton sera quelque peu didactique car bien que ma volonté ne soit pas de donner des leçons, quand il s’agit de théorie c’est au final le moyen le plus efficace pour expliquer ce dont il est sujet, ça permet de prendre le recul qu’on n’a pas forcément le reste du temps. Et que je l’avoue, j’aime expliquer pour partager, communiquer. Je ne prétend pas un instant que les méthodes que j’utilise sont les meilleures, les plus abouties ou quoi que ce soit, ce sont simplement mes méthodes et elles me sont appropriées, elles conviennent à mon esprit et à sa configuration.
Puisse votre lecture être plaisante et donner une raison d’être à ce livre.

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Gargouilles (French)

Quand on en est réduit à cracher de l’eau dans une fontaine, où va la vie ?
Les gargouilles ont-elles un coeur de pierre ?
Leurs émotions sont-elles figées dans la roche ?

Au fil du temps et de l’eau que reste-t-il quand les siècles se suivent comme les saisons ?
Gardent-elles les souvenirs des reflets troubles qu’elles contemplent à chaque heure ?
Peuvent-elles voir les images déformées des visages enfantins qui se penchent pour les observer ?
À côté d’elles nous ne sommes jamais vieux, figées dans la roche elles sont éternelles.

Immobiles et impassibles elles semblent attendre les instants que nous ne verront pas,
Et gardent le secret de ceux que nous n’avons jamais vus.
Baisers volés et confessions intimes devant ces gardes silencieux,
Voeux prononcés au son d’une pièce dans l’eau.
Choses précieuses qui se répètent sans jamais se ressembler,
Trésor impalpable pour dragons insoupçonnés.

Note : ce texte a été rédigé quand j’avais 15 ans, en quelques minutes dans le rush de la préparation de la cérémonie funéraire pour la crémation de mon père. Je remercie encore mon cousin Basile et ses talents d’orateur pour avoir lu ce texte qu’un nœud en travers de la gorge m’empêchait de prononcer.

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Elle le regarde encore une fois, une dernière fois.

Lui, il se retrouve plongé dans le noir d’une nuit éternelle.

Elle, elle se met à sangloter et de grosses larmes ruissellent sur son visage d’enfant.

Soudain, une voix.

« Pourquoi pleures-tu petite fille ? »

Elle lève les yeux. Devant-elle, il y a un vieux monsieur avec des yeux tout gentils.

« Pourquoi je pleure ? » répète la fillette, « je pleure parce que c’est mon papa qu’on vient d’enterrer. »

« C’est assez triste en effet. Tu ne le verra plus en chair et en os, tu ne pourra plus le serrer dans tes bras, l’embrasser… mais la mort, ce n’est pas si triste que ça. »

Elle ne comprend pas. La mort, c’est horrible. Soit on vous met dans une boîte que l’on cache dans le sol – peut-être de peur de la voir, soit on vous brûle et il ne reste qu’un tas de poussière, ou alors, on peut aussi donner son corps à la science et il sera méticuleusement découpé en plein de petits morceaux.

« Regarde, dit le vieux monsieur, tu vois le gros arbre là-bas ? Celui avec le tout petit buis à côté… »

Elle regarde. En effet, il y a un gros platane. C’est l’automne, il a perdu toutes ses feuilles et elles sont éparpillées sur le sol. Et puis il y a le petit buis, jeune et un peu rachitique.

« Et bien, » reprend le vieux monsieur, « le platane il est un peu comme toi. Toi, tu as perdu ton papa, et lui, il a perdu toutes ses feuilles. Mais les feuilles mortes ne sont pas complètement perdues, elles vont se transformer en bon terreau et vont nourrir le platane et le buis. Bien sûr, cela prendra du temps, mais la mort, c’est le retour à la vie. »

« Mais mon papa… il va pas se transformer en terre… »

« Cela prendra beaucoup de temps, mais lui aussi va nourrir les plantes et les animaux autour de lui. Ainsi, il retournera à la vie dans chacun de ces êtres qui se seront nourrit de lui…Tiens, regarde près de sa tombe. »

Sur la tombe il y a une grosse pierre où l’on a gravé le nom du papa, et à côté, il y a un jeune rosier.

« Un tout petit rosier ! » s’exclame la fillette. « Cela correspond tout à fait à mon papa, il était doux et gentil comme la rose, mais il ne fallait pas l’embêter, il avait des épines. »

« Tu vois, nous avons tous une petite plante, un petit animal, tapis au fond de notre âme. La mort, c’est le commencement de la vie, alors ne pleures plus et sois heureuse. Ton papa, il est dans ton cœur maintenant, ne l’oublie pas et… soit heureuse ! »

Il y a une chose sous mon lit. alors je peux pas dormir.
Si, si, je te jure, il y a une chose sous mon lit. Mais tu la vois pas. Parce que la lumière est allumée. Alors elle ne vient pas. Et si tu éteins la lumière, tu la verras pas non plus. Parce qu’il fera noir.

Il y a une chose sous mon lit. alors je peux pas dormir.
Quand tu auras éteint la lumière et fermé la porte, j’aurai peur.  Parce que la chose sous mon lit sera là. Je la verrai pas tant que j’aurai les yeux ouverts. Parce que tu peux pas la voir avec les yeux. Même si tu vois dans le noir. Tu ne peux la voir qu’avec ton imagination.

Il y a une chose sous mon lit. alors je peux pas dormir.
La chose sous mon lit me fait tellement peur que je ne veux pas fermer les yeux. Si tu fermes les yeux, tu la vois. Elle ressemble à une chose qui fait peur. D’ailleurs, la chose sous mon lit, c’est une chose qui fait peur.

Il y a une chose sous mon lit. alors je peux pas dormir.
Mais tu sais, je suis très fatigué la nuit. Alors je finis par m’endormir quand même. Mais la chose sous mon lit, elle n’attend que ça. Parce qu’elle dévore mes rêves et il ne me reste plus que des cauchemars. Moi, j’ai peur des cauchemars. Surtout de celui avec les monstres dans les gourdes. Je veux dire les égoûts. Tu me comprends.

Il y a une chose sous mon lit. alors je peux pas dormir.
Et puis tu sais aussi, la chose sous mon lit, elle ne vient que quand je suis tout seul. Sans personne de fort pour me défendre.
Quoi, Lapinou ? T’as rien compris ! C’est moi qui le protège ! Mais je suis pas assez fort pour le protéger de la chose sous mon lit. Si tu dormais avec moi ? Si t’es là. j’aurais plus peur. Ou bien. je pourrais venir dormir avec toi, dans ton lit.

Parce que la chose sous ton lit. je la connais pas, alors, peut-être que j’aurai pas peur.

Une ruelle qui descendait, bitume à circulation unilatérale pour les voitures et un trottoir large et pavé pour les piétons. L’ambiance était à la fois sombre et lumineuse comme une fin d’après-midi orageuse où les nuages assombrissent le ciel et la terre mais où le soleil vient réchauffer ce qu’il caresse de ses rayons et sature les couleurs qui s’exposent à lui.

Sur le trottoir à ma gauche un roux doré attira mon regard. Il y avait là un renard tentant de faire son repas d’une quelconque trouvaille de trottoir. En me voyant il s’est enfui de quelques mètres. Je me suis dit qu’un renard urbain devait être moins farouche et je l’ai appâté de quelques morceaux de viande. Il consentit à s’approcher et gagna assez rapidement en aisance.

Son pelage roux doré semblait étinceler de lui-même, comme si la scène de cette ruelle n’était pas éclairée par le soleil mais par le renard lui-même.

Un chat se joignit à nous, sans peur ni méfiance. En regardant les yeux des deux animaux il me semblait pouvoir communiquer mentalement avec eux. Comme nous étions silencieux les seuls bruits perceptibles étaient ceux de l’air calme et tiède, des pierres se réchauffant à la lumière et de la sève dans les plantes nichées entre les pavés et les pierres des murs.

Les yeux du chat étaient emplis d’un regard profond dans des iris d’émeraude sombre, je les trouvais splendides et sages mais c’étaient les yeux du renard qui me captivaient le plus. Leur teinte d’ambre rousse dorée s’alliait parfaitement au pelage. Un trait de jais pour pupille fendait ces soleils couchants. Et un regard plein d’humanité les animait.

C’est alors qu’un groupe de chasseurs fit son entrée, descendant la ruelle. Paniqué, j’implorai du regard les deux animaux de se terrer derrière un muret nous cachant de la route. Un éclair passa dans les yeux du renard et je pris instinctivement le chat dans mes bras pour le protéger comme s’il me l’avait ordonné. Jetant un coup d’œil aux chasseurs ma peur ne fit qu’augmenter quand je vis que l’un deux avait déjà tiré un renard et portait son corps sous le bras.

Ce que je redoutais arriva, le pelage étincelant du renard attira le regard des chasseurs. Je tentai de m’interposer pour que mon renard s’enfuie, ce qu’il fit, bondissant de pavé en pierre et de pierre en pavé, les mouvements de son pelage miroitant créant un superbe jeu de lumières dansantes autour de lui.

La ruelle de notre côté semblait s’assombrir. Un chasseur visa et tira. Je n’entendis pas le coup de feu mais il me sembla le percevoir à l’intérieur de moi-même. La ruelle s’assombrit totalement comme si des nuages orageux étaient passés devant le soleil et je su que mon renard était mort. Malgré ma douleur je refusais pourtant d’y croire vraiment comme s’il était encore vivant quelque part, peut-être en moi et dans le souvenir de ces yeux magnifiques que je ne reverrais plus.

Les chasseurs s’éloignèrent et je pu m’enfuir, réalisant peut-être qu’ils auraient pu me tirer aussi.

J’ai par la suite tenté de m’opposer aux chasseurs en petites actions solitaires de protestation face à un groupe organisé, taguant rageusement leurs véhicules, mais choisissant mes mots avec attention pour ne pas me discréditer. Les choses me semblaient devenir de plus en plus périlleuses et dangereuses, ils s’amuseraient de moi et de ma souffrance.