Note : ce texte a été rédigé quand j’avais 15 ans, en quelques minutes dans le rush de la préparation de la cérémonie funéraire pour la crémation de mon père. Je remercie encore mon cousin Basile et ses talents d’orateur pour avoir lu ce texte qu’un nœud en travers de la gorge m’empêchait de prononcer.

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Elle le regarde encore une fois, une dernière fois.

Lui, il se retrouve plongé dans le noir d’une nuit éternelle.

Elle, elle se met à sangloter et de grosses larmes ruissellent sur son visage d’enfant.

Soudain, une voix.

« Pourquoi pleures-tu petite fille ? »

Elle lève les yeux. Devant-elle, il y a un vieux monsieur avec des yeux tout gentils.

« Pourquoi je pleure ? » répète la fillette, « je pleure parce que c’est mon papa qu’on vient d’enterrer. »

« C’est assez triste en effet. Tu ne le verra plus en chair et en os, tu ne pourra plus le serrer dans tes bras, l’embrasser… mais la mort, ce n’est pas si triste que ça. »

Elle ne comprend pas. La mort, c’est horrible. Soit on vous met dans une boîte que l’on cache dans le sol – peut-être de peur de la voir, soit on vous brûle et il ne reste qu’un tas de poussière, ou alors, on peut aussi donner son corps à la science et il sera méticuleusement découpé en plein de petits morceaux.

« Regarde, dit le vieux monsieur, tu vois le gros arbre là-bas ? Celui avec le tout petit buis à côté… »

Elle regarde. En effet, il y a un gros platane. C’est l’automne, il a perdu toutes ses feuilles et elles sont éparpillées sur le sol. Et puis il y a le petit buis, jeune et un peu rachitique.

« Et bien, » reprend le vieux monsieur, « le platane il est un peu comme toi. Toi, tu as perdu ton papa, et lui, il a perdu toutes ses feuilles. Mais les feuilles mortes ne sont pas complètement perdues, elles vont se transformer en bon terreau et vont nourrir le platane et le buis. Bien sûr, cela prendra du temps, mais la mort, c’est le retour à la vie. »

« Mais mon papa… il va pas se transformer en terre… »

« Cela prendra beaucoup de temps, mais lui aussi va nourrir les plantes et les animaux autour de lui. Ainsi, il retournera à la vie dans chacun de ces êtres qui se seront nourrit de lui…Tiens, regarde près de sa tombe. »

Sur la tombe il y a une grosse pierre où l’on a gravé le nom du papa, et à côté, il y a un jeune rosier.

« Un tout petit rosier ! » s’exclame la fillette. « Cela correspond tout à fait à mon papa, il était doux et gentil comme la rose, mais il ne fallait pas l’embêter, il avait des épines. »

« Tu vois, nous avons tous une petite plante, un petit animal, tapis au fond de notre âme. La mort, c’est le commencement de la vie, alors ne pleures plus et sois heureuse. Ton papa, il est dans ton cœur maintenant, ne l’oublie pas et… soit heureuse ! »

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