Une ruelle qui descendait, bitume à circulation unilatérale pour les voitures et un trottoir large et pavé pour les piétons. L’ambiance était à la fois sombre et lumineuse comme une fin d’après-midi orageuse où les nuages assombrissent le ciel et la terre mais où le soleil vient réchauffer ce qu’il caresse de ses rayons et sature les couleurs qui s’exposent à lui.

Sur le trottoir à ma gauche un roux doré attira mon regard. Il y avait là un renard tentant de faire son repas d’une quelconque trouvaille de trottoir. En me voyant il s’est enfui de quelques mètres. Je me suis dit qu’un renard urbain devait être moins farouche et je l’ai appâté de quelques morceaux de viande. Il consentit à s’approcher et gagna assez rapidement en aisance.

Son pelage roux doré semblait étinceler de lui-même, comme si la scène de cette ruelle n’était pas éclairée par le soleil mais par le renard lui-même.

Un chat se joignit à nous, sans peur ni méfiance. En regardant les yeux des deux animaux il me semblait pouvoir communiquer mentalement avec eux. Comme nous étions silencieux les seuls bruits perceptibles étaient ceux de l’air calme et tiède, des pierres se réchauffant à la lumière et de la sève dans les plantes nichées entre les pavés et les pierres des murs.

Les yeux du chat étaient emplis d’un regard profond dans des iris d’émeraude sombre, je les trouvais splendides et sages mais c’étaient les yeux du renard qui me captivaient le plus. Leur teinte d’ambre rousse dorée s’alliait parfaitement au pelage. Un trait de jais pour pupille fendait ces soleils couchants. Et un regard plein d’humanité les animait.

C’est alors qu’un groupe de chasseurs fit son entrée, descendant la ruelle. Paniqué, j’implorai du regard les deux animaux de se terrer derrière un muret nous cachant de la route. Un éclair passa dans les yeux du renard et je pris instinctivement le chat dans mes bras pour le protéger comme s’il me l’avait ordonné. Jetant un coup d’œil aux chasseurs ma peur ne fit qu’augmenter quand je vis que l’un deux avait déjà tiré un renard et portait son corps sous le bras.

Ce que je redoutais arriva, le pelage étincelant du renard attira le regard des chasseurs. Je tentai de m’interposer pour que mon renard s’enfuie, ce qu’il fit, bondissant de pavé en pierre et de pierre en pavé, les mouvements de son pelage miroitant créant un superbe jeu de lumières dansantes autour de lui.

La ruelle de notre côté semblait s’assombrir. Un chasseur visa et tira. Je n’entendis pas le coup de feu mais il me sembla le percevoir à l’intérieur de moi-même. La ruelle s’assombrit totalement comme si des nuages orageux étaient passés devant le soleil et je su que mon renard était mort. Malgré ma douleur je refusais pourtant d’y croire vraiment comme s’il était encore vivant quelque part, peut-être en moi et dans le souvenir de ces yeux magnifiques que je ne reverrais plus.

Les chasseurs s’éloignèrent et je pu m’enfuir, réalisant peut-être qu’ils auraient pu me tirer aussi.

J’ai par la suite tenté de m’opposer aux chasseurs en petites actions solitaires de protestation face à un groupe organisé, taguant rageusement leurs véhicules, mais choisissant mes mots avec attention pour ne pas me discréditer. Les choses me semblaient devenir de plus en plus périlleuses et dangereuses, ils s’amuseraient de moi et de ma souffrance.

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